Histoire et Légendes du Camino de Santiago : Origines et Mythes
Découvrez les origines du Camino : la découverte du tombeau de l'Apôtre, le Codex Calixtinus, l'Année Sainte (Xacobeo) et des légendes comme O Cebreiro.
Pourquoi marche-t-on vers Saint-Jacques
Des millions de personnes ont parcouru le Camino de Santiago au cours des douze derniers siècles, mais peu connaissent l'histoire qui se cache derrière chaque flèche jaune. Bien avant de devenir une destination touristique ou un défi sportif, le Camino fut l'un des grands pèlerinages de la chrétienté médiévale, à l'égal de Rome ou de Jérusalem. Comprendre ses origines, ses légendes et les textes qui l'ont fixé par écrit change complètement la façon de le marcher.
Dans cet article, nous retraçons la découverte du tombeau de l'Apôtre, le premier livre qui servit de guide aux pèlerins, le sens de l'Année Sainte, et quelques-unes des plus belles légendes encore vivantes le long du chemin.
La découverte du tombeau de l'Apôtre
La tradition raconte que l'apôtre Jacques le Majeur prêcha en Hispanie et que, après sa décapitation à Jérusalem vers l'an 44, ses disciples transportèrent son corps par la mer jusqu'aux côtes de Galice. Il y fut enseveli et, au fil des siècles, son tombeau tomba dans l'oubli.
Le véritable point de départ de toute l'histoire se situe au début du IXe siècle, vers les années 820-830. Selon la tradition, un ermite nommé Pelayo observa pendant plusieurs nuits d'étranges lumières au-dessus d'un bois, au lieu-dit Libredón. Il prévint Teodomiro, évêque d'Iria Flavia, qui se rendit sur place et y trouva un tombeau qu'il identifia comme celui de l'Apôtre. Le roi Alphonse II le Chaste vint d'Oviedo pour le vénérer, devenant en quelque sorte le premier pèlerin, et ordonna la construction d'une première église sur la tombe.
Autour de ce tombeau naquit une ville : Compostelle. La découverte eut une portée politique et religieuse considérable dans une Hispanie alors divisée, et bientôt des pèlerins arrivèrent de toute l'Europe.
Le « champ d'étoiles »
L'une des explications les plus répétées, et aussi les plus débattues, interprète le nom de Compostelle comme *campus stellae*, le « champ de l'étoile », en référence aux lumières qui guidèrent Pelayo jusqu'au tombeau. Le nom vient probablement plutôt du latin *compositum* ou *compostum* (lieu de sépulture), mais l'image du champ d'étoiles est restée à jamais associée au Camino et à son caractère lumineux et mystérieux.
Le Codex Calixtinus : le premier guide du pèlerin
Au milieu du XIIe siècle fut compilé l'un des manuscrits les plus importants du Moyen Âge européen : le Codex Calixtinus, attribué au pape Calixte II et conservé dans la cathédrale de Saint-Jacques. C'est une œuvre en cinq livres réunissant sermons, miracles de l'Apôtre, textes liturgiques et musicaux, ainsi qu'un récit de la translation du corps.
Sa partie la plus célèbre est le Livre V, considéré comme le premier guide de voyage de l'histoire. On y décrit les étapes du Chemin Français, les peuples et les coutumes de chaque région, les bonnes et les mauvaises sources, les sanctuaires à visiter et même des conseils très pratiques pour le marcheur. Le lire aujourd'hui est émouvant : bien des préoccupations de ces pèlerins (l'eau, le gîte, la nourriture, la compagnie) sont exactement les nôtres.
L'Année Sainte (Xacobeo)
L'Année Sainte compostellane ou Xacobeo est celle où le 25 juillet, fête de saint Jacques, tombe un dimanche. Elle revient selon un cycle de 6, 5, 6 et 11 ans. Pendant l'Année Sainte, la Porte Sainte de la cathédrale s'ouvre et les pèlerins peuvent obtenir le jubilé.
La tradition du jubilé jacquaire remonte au XIIe siècle et fut confirmée par différents papes tout au long du Moyen Âge. Les Années Saintes ont toujours marqué les grands moments d'affluence à Compostelle et, aujourd'hui encore, elles multiplient le nombre de pèlerins parcourant le chemin.
Des légendes vivantes le long du chemin
Le Camino ne se comprend pas sans ses légendes, transmises d'étape en étape, qui donnent un sens à de nombreux noms de lieux et monuments.
Le miracle d'O Cebreiro
À O Cebreiro, porte d'entrée du Chemin Français en Galice, se conserve la plus célèbre légende eucharistique de la route. On raconte qu'en plein hiver, un paysan monta à travers la neige pour entendre la messe. Le prêtre doutait de la foi de cet homme qui avait pris tant de risques pour si peu et, à cet instant même, le pain et le vin de la consécration se transformèrent en chair et en sang. Le Saint Miracle d'O Cebreiro fit de la petite église de Santa María la Real un lieu de pèlerinage, et l'on dit qu'il inspira la légende du Saint Graal galicien.
Le miracle du pendu et de la poule
À Santo Domingo de la Calzada, en Rioja, on raconte l'histoire d'un jeune pèlerin injustement pendu qui resta en vie par l'intercession du saint. Lorsque ses parents prévinrent le juge, qui s'apprêtait à manger un coq et une poule rôtis, celui-ci répondit que leur fils était aussi vivant que ces volailles... qui aussitôt se redressèrent et chantèrent. C'est pourquoi un coq et une poule vivants sont encore gardés aujourd'hui à l'intérieur de la cathédrale.
La coquille du pèlerin
La coquille Saint-Jacques est le symbole universel du pèlerin. Une légende relie son origine à l'arrivée par la mer du corps de l'Apôtre : un chevalier qui chevauchait le long de la côte tomba à l'eau et en ressortit couvert de coquilles, sauvé par l'intervention de saint Jacques. Au-delà du mythe, la coquille servait aux pèlerins médiévaux de preuve qu'ils avaient atteint la Galice, au bord de la mer, et de récipient pour boire ou demander à manger.
Une histoire que l'on foule dans les derniers kilomètres
Toute cette histoire n'est pas seulement dans les livres : on marche dessus. Qui parcourt les dernières étapes traverse des villages chargés de passé. À Palas de Rei, le nom lui-même (« palais du roi ») évoque d'anciennes légendes royales, et tout près se conservent des joyaux comme le château de Pambre ou l'église romane de Vilar de Donas, ancien siège des chevaliers de l'Ordre de Santiago.
Pour comprendre exactement où vous vous trouvez dans les 100 derniers kilomètres, notre guide sur quoi voir entre Sarria et Santiago replace l'histoire sur la carte. Et pour goûter à l'autre grand pan culturel du chemin, ne manquez pas nos expériences gastronomiques galiciennes.
Vivre l'histoire, pas seulement la lire
La meilleure façon de faire revivre ces légendes est de les parcourir avec quelqu'un qui les connaît de près. L'agence locale OurWay.Travel conçoit des expériences guidées et des itinéraires culturels et gastronomiques à travers la Galice, parfaits pour découvrir le fond historique du Camino sans perdre le rythme du pèlerinage.
Où dormir au milieu de tant d'histoire : Casa Andaina
Pour s'imprégner de l'histoire du Camino, mieux vaut prendre son temps, et Palas de Rei (à 65 km de Saint-Jacques, sur le Chemin Français) est l'endroit idéal pour cela. Casa Andaina se trouve en plein centre, Rúa Mercado 17, littéralement sur la route jacquaire.
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